Témoignages inspirants

Saga Youtubeuses : L’Eau Douce

L’eau Douce est une chaîne tout en douceur justement.

C’est un joyeux mélange de tellement de choses différentes : expérimentation, art, intime, slow life, sens, bouffée d’air frais…

Dans son témoignage, elle se livre sur ses motivations, ses inspirations, les doutes qui l’habitent.

L'Eau Douce

Bonjour Marina!

Peux-tu te présenter et décrire le concept de L’Eau Douce en quelques mots?

Bonjour et merci pour tes questions ! Je suis toujours surprise quand je vois que des personnes découvrent mon travail sur Youtube.

Cette chaîne, je la vois comme un moyen pour m’exprimer, me lâcher, et découvrir ce que je peux y créer. J’ai eu beaucoup de difficultés dans ma vie pour m’exprimer, trouver ma place parmi les autres. Youtube est un endroit réjouissant en ce sens, tu peux y dire ou y montrer ce que tu veux.

Le côté excitant, c’est que je m’étonne moi-même parfois des résultats que j’obtiens en impro. C’est également une bonne façon de partager avec d’autres, car il n’y a rien de plus frustrant que d’être créatif et de ne pouvoir partager ou montrer ses créations à d’autres personnes à cause d’un manque de réseau.

Tu expérimentes beaucoup avec cette chaîne. As-tu toujours fait ainsi ou as-tu sauté le cap en lançant L’Eau Douce?

Oui, je crois que c’est ce qui anime ma vie de façon générale.

J’ai besoin de me sentir vivante, alors, si je n’ai pas de projet un peu « fou » dans ma vie, j’ai l’impression que je suis en train de m’enterrer. J’ai aussi cette envie, d’apprendre toujours de nouvelles choses et d’une certaine manière, de me mettre en danger.

L'Eau Douce

Quelles sont tes inspirations? J’ai l’impression qu’il y a un côté Slow Life aussi dans tes vidéos (bien agréable d’ailleurs).

Tu m’apprends une expression là ! Hahaha ! Je viens de googler ça, oui, je trouve que cela décrit très bien mon état d’esprit. Je crois que je vis de cette façon instinctivement.

En ce qui concerne mes inspirations, elles me viennent d’univers très différents, car j’ai un cursus scolaire atypique. J’ai fait des études d’art (j’ai un diplôme National d’arts plastiques) et de sociologie (Master 2). Je suis très sensible aux artistes qui mêlent l’art et la vie dans leurs créations. Il y a évidemment Sophie Calle (mais elle est tellement connue à présent, difficile de la citer encore), je l’aime beaucoup parce qu’elle n’hésite pas à parler d’elle, sans une once de peur ou de honte, des films de Georges Perec.

Des photographes : Martin Parr, Nan Goldin, Vivian Maier (j’adore les portraits! Et tellement tellement d’autres !)

 J’aime le côté « documentaire du réel ». J’écoute beaucoup d’émissions en podcast radio, comme les Pieds sur Terre, sur France Culture ou la Poudre.

J’aime également, des documentaristes comme  Alain Cavalier, Agnès Varda. Encore, certains films de Lars Von Trier, Thomas Vinterberg est pour moi un génie.

Côté théâtre, c’est encore une fois le jeu qui se veut « naturel » qui me touche le plus. J’aime énormément TG STAN et la compagnie « DE KOE » pour leur intelligence d’analyse, au niveau des comportements, des attitudes. Il y a une vraie observation des individus, un regard porté sur la société, très critique et très juste, je trouve.

J’ai été également très touchée lors de mes études de socio par la théorie du genre et la pensée féministe. Ces questions traversent l’ensemble de mon travail.

Mes lectures se portent vers les récits autobiographiques, les journaux intimes. J’ai lu beaucoup de livres d’Annie Ernaux, des journaux intimes : Sylvia Plath, Simone de Beauvoir, Etty Hillesum… il y en a tant ! J’adore Françoise Sagan aussi, et son côté : « Vivre à fond ! » Adolescente, je lisais des articles du magazine « Vice », parce qu’il y avait une vraie curiosité pour les tendances artistiques émergentes. Ça permettait des découvrir plein de petits artistes pas connus qui faisaient des trucs intimes dans leurs coins. Une fois, un article m’a bouleversé, il parlait d’une artiste qui après le divorce de ses parents, n’avait plus eu aucune nouvelle de son père. Il avait décidé de refaire sa vie, de la recommencer et de tracer radicalement un trait sur son ancienne vie.  Elle avait décidé de le prendre en photo dans sa nouvelle vie avec un appareil capable de zoomer énormément, comme une paparazzi. Elle avait ainsi pu prendre une photo de son lui au boulot, dans sa cuisine, une autre pendant sa pause déj.

Elle le regardait comme un étranger, l’étranger qu’il était devenu pour elle. La série se terminait sur une photo de lui faisant un footing, de dos, dans un parc. Elle le laissait s’éloigner, partir. C’était sa façon de lui dire adieu. Ce travail m’a bouleversée, je l’ai découvert il y a une dizaine d’années et j’y pense encore aujourd’hui.

Quelles sont les chaînes Youtube que tu suis et que tu nous recommandes ?

Alala… cette question est vraiment difficile… il n’y a pas beaucoup de chaîne qui parlent d’intime à ma connaissance. Il y a  Solange te parle (on ne la présente plus!), Mardi Noir, qui parle de psychanalyse de façon décalée et très créative, que j’aime énormément.

Mais il y a aussi des personnes moins connues comme Amélie Menu ou Alma Maria.

Pour le côté un peu plus militant, j’aime la chaîne d’Antastesia ou encore La Carologie qui cette semaine*, fait une série de vidéo « anti- sexisme ». Quel courage quand on voit la violence à laquelle s’expose n’importe quelle femme qui s’exprime publiquement sur le sujet !

Natacha Birds peut me fasciner pour la beauté de ses images et Enjoyphoenix pour ses capacités de productivité incroyables (l’inverse de moi !).

Aussi : j’aime les interviews de Léa Bordier, la chaîne de Justine Porcelaine que j’adore pour la simplicité avec laquelle elle partage sa passion de céramiste. Elle peut parler de tout ce qu’elle veut d’ailleurs, je l’écoute quand-même ! Haha !

*NDLR : nous avons fait cette interview le 24 janvier dernier

As-tu déjà rencontré des difficultés? Si oui, comment les as-tu surmontées?

Monter une chaîne Youtube, cela demande du courage, mais je crois que le plus difficile, c’est de rester constante et de parvenir à l’alimenter.

Et puis il faut gérer le doute constant : « Est-ce que ce truc que je teste va plaire à mon audience ? » Je suis seule à travailler sur cette chaîne, choisir le ton, les couleurs, les émotions, la ligne. Parfois, quelqu’un m’aide à me filmer, mais c’est très rare. Il est difficile de monter un tel projet et que son succès ne repose que sur ses petites épaules. C’est parfois très lourd à porter et propice à toutes sortes de culpabilisations. Je n’ai pas surmonté ces difficultés, elles font partie de mon processus créatif.

Des projets pour L’Eau Douce en 2018?

Je ne peux pas trop dire à l’avance étant donné que je fonctionne beaucoup avec l’impro. Je monte mes images et mes vidéos se construisent petit à petit. Donc, on verra ! Je veux continuer le format ultramodernes solitudes.

Et je pense monter un atelier d’expression chez moi, à Lyon, à prix libre. Envie de partager les outils que j’ai acquis, qu’ils puissent servir à d’autres. Et être à l’initiative d’un atelier qui permette de tisser du lien social serait très gratifiant. J’ai énormément souffert de la solitude.

Quel message aimerais-tu transmettre à celles qui n’ont pas encore osé se lancer?

Qu’attends-tu pour le faire ?! Le temps passe si vite…. Il n’y a que l’action qui t’apportera de la satisf-action. Alors courage ! Accepte que ce que tu fais, au départ, ne soit pas parfait… Essaie de ne pas trop te juger en amont. Et oui, de la bienveillance, toujours 😉

L'Eau Douce

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