Témoignages inspirants

Mara, photographe mode talentueuse

J’ai rencontré Mara il y a deux semaines, lors de la soirée avec les Nanas d’Paname (La mode fait sa révolution au Printemps de Paris – Printemps X Grazia). J’ai été emportée par la belle énergie de cette photographe de mode. Parler avec Mara, c’est sentir résonner une énergie vibrante et positive.

Elle est arrivée en 2005 sans parler un mot de français et elle le parle magnifiquement. Donc non seulement Elle l’a fait de se lancer, mais en plus Elle l’a fait de le faire dans un pays dont elle ne parlait pas la langue. Ne serait-ce pas une femme inspirante par excellence?

Elle nous livre avec franchise les belles émotions et la dure réalité de son métier.

Mara Zampariolo photographe de mode talentueuse

Bonjour Mara!

Peux-tu te présenter et nous raconter ce que tu fais en quelques mots?

Malgré mes études en Communications j’ai décidé à 24 ans de changer de direction et de devenir photographe. Au grand désespoir de ma famille entière !

Entant qu’ancienne mannequin, le passage de l’autre côté de l’objectif a été un soulagement 😉

En plus de la photo je fais de la vidéo, de la direction Artistique et du Casting sauvage. Comme sur tout j’aime apprendre. J’ai également appris à retoucher, monter, produire…

Faire tout un tas de choses qui font de moi une sorte de « one woman band », quand il le faut !

Mara Zampariolo photographe de mode talentueuse

Tu es italienne. Pourquoi être venue puis t’être lancée en France?

J’aimerais avoir une jolie réponse qui parle de passion pour la France et les bons pains au chocolat. Mais la vérité est que, quand j’ai commencé à demander des mannequins aux agences à Milan, là où j’ai grandi, les réponses étaient toujours les mêmes.

Toi, photographe ?! (regard entre étonné et méprisant) Mais il n’y a pas de femmes photographes !

Mais la femme ne sait pas voir la femme !

La 5ème et dernière agence qui m’a vue, a feuilleté mes photos vitesse éclair et ils m’ont dit qu’ils n’étaient pas  intéressés. Je suis rentrée chez moi et j’ai dit à mon petit copain que c’était encore des misogynes.

Il m’a répondu que j’étais parano. Qu’après tout, il était possible qu’en effet ils n’aiment pas mon travail.

Je lui ai dit de s’y rendre lui aussi, voir cette agence, avec mon portfolio, le lendemain.

Il a accepté le défi.

Il est rentré la queue entre les pattes. Ils ont trouvé « son » travail magnifique. Ils lui ont dit de choisir n’importe quelle fille. J’ai donc photographié une fille en recommandant de ne pas dire à son agent que c’était moi qui avais pris les photos.

L’agence a adoré et ils ont continué à envoyer à Walter des newletters et des demandes de test pendant des années, même après notre déménagement à Paris.

J’ai dû partir dans une ville de la mode. Il ne m’était pas possible d’aller à NYC pour des raisons de visa. Londres est trop chère. J’ai donc forcément opté pour Paris, où je suis arrivée l’été 2005 sans parler un mot de français.

Note importante:

à Paris j’ai subi encore et encore ce genre de situation à tous niveaux. Mais je suis restée car je n’avais pas d’autre possibilité. Non, les français finalement ne sont pas moins macho.

Mara Zampariolo photographe de mode talentueuse

J’ai l’impression qu’on voit beaucoup de femmes charismatiques dans tes photos. Est-ce une demande de tes clients (ndlr : diverses marques de luxes) ou est-ce ce que cela vient de toi?

ça vient de moi ! Ensuite, les marques ont tendance à choisir un photographe pour lui demander de faire et refaire le genre de photos qu’il a déjà dans son book, alors forcément…

Je pense que pour réussir une photo le modèle doit être impliqué activement dans la recherche expressive, être propositif, inspirant. La passivité ne m’inspire pas. Il me faut des Muses, H/F, pas des porte manteaux, et pour cela j’adore travailler avec tous types de personnes, notamment des « vrai » gens.

Mara Zampariolo photographe de mode talentueuse

Qu’est-ce que tu souhaites faire ressentir aux personnes qui regardent tes photos?

La complexité et la fragilité. Une belle photo pour moi est une image impossible à définir d’un seul adjectif, un regard que trente personnes qualifieraient de trente façons différentes. Une photo est un oignon, qui a mille couches, et chacune pourrait te faire pleurer.

Et aux personnes que tu photographies?

Qu’ils sont uniques, importants. Et que cette image que l’on crée aujourd’hui, qu’ils vont aimer ou pas, elle va prendre de la valeur au fil des années, et dans trente ans ils vont la regarder différemment.

Mara Zampariolo photographe de mode talentueuse

Des projets à venir?

Je continue (lentement) un projet personnel sur des filles de banlieue photographiées dans leur chambre… d’ailleurs si vous êtes une femme entre 14 et 28 ans, que vous habitez n’importe quelle banlieue parisienne et acceptez que je vienne chez vous vous prendre en photo…. envoyez moi un mail 😉

Mara Zampariolo photographe de mode talentueuse

Tu collabores régulièrement avec les Nanas d’Paname. Qu’est-ce que cela t’apporte?

Les NDP sont nées avant tout comme une série de portrait de femmes créatives et charismatiques, sélectionnées par Chloé Bonnard.

J’ai eu la chance d’être une des 5 premières Nanas, car je connais Chloé depuis 2006 quand on était assistantes plateau au studio Daguerre. J’avais déjà posé pour des projets photo pour elle.

Les NDP sont ensuite devenues un livre, des expo, des évenements, une marque, un logo, un site, une vraie boîte quoi !

Elles m’ont permis de sortir de ma bulle d’intravertie, d’écrire des textes et tester des produits. Mais surtout de rencontrer des filles formidables et parmi elles, me rapprocher en particulier d’un sous-groupe nommé Les Sorcières de Paname (dont Fanny « FanHa », Bibiana, Caroline Drogo et moi faisons partie).

Les NDP m’inspirent et Chloé et les autres sont là pour moi, on s’aide, on s’écoute, on se soutient. Girl Power quoi !

Mara Zampariolo photographe de mode talentueuse

Portait de Mara Par Chloé Bonnard

Quel genre de difficultés as-tu rencontrées et comment les as-tu surmontées?

J’ai eu des soucis à cause de mon apparence physique. Etre une femme ancienne mannequin est désavantageux dans un milieu technique et masculin, à Paris comme en Italie.

Les boîtes ne se gênent pas de préciser qu’ils ne veulent pas de femme dans des postes techniques. Simplement car ça leur déplait (la seule boite de digitek qui a fini pour m’embaucher était dirigée par une femme gay).

J’ai aussi eu des difficultés car les gens ne respectent pas l’autorité des femmes. Même si c’est un petit stagiaire et que tu es l’assistante du photographe.

Les surmonter ne dépend pas que de nous. Même si ma réponse casse un petit peu le rêve americain du « you can do it no matter what ».

Disons q’ il faut 100 fois plus de ténacité, une qualité de travail irréprochable et des nerfs d’acier. Et malgré ça on aura pas forcément les mêmes opportunités.

Tout cela est en train de changer bien évidemment et les marques ont un réel intérêt pour un regard féminin, de nos jours.

Faudra continuer à lutter pour être payées comme des hommes !

Mara Zampariolo photographe de mode talentueuse

Pourquoi autant de gens ont peur d’être pris en photo ?

La photo est la seule véritable expérience dans laquelle on puisse se voir en dehors de soi, dans un instant figé. En gros, une sorte d’expérience de mort.

Dans un miroir on est en live, comme dans une vidéo. Dans un croquis ce n’est pas vraiment nous.

La photo, voleuse d’âme, nous donne une expérience de coma. Voir son corps figé dans l’immobilité …comme un papillon épinglé …terrifiant.

Après tout, dans le mot ‘immortaliser’ il y a bel et bien la ‘mort’.

Quel message aimerais-tu transmettre à celles qui n’ont pas encore osé se lancer dans en tant que photographe de mode?

Ne le faites pas.

Confondre le plaisir de prendre des photos avec gagner sa vie en tant que photographe, quelle erreur ! Aujourd’hui, je ne recommanderais à aucun jeune de se jeter dans ça. Les tarifs ont baissé dramatiquement. La situation des photographes est grave.

SI vous êtes prêt à rivaliser avec des fils/filles à papa / fils de producteur qui ont un carnet rempli de clients et tout le matériel hyper cher et qui acceptent de travailler gratos, le tout avec zéro expérience, et ils vont quand même faire des pubs mondiales….

Si vous aimez faire des stages non rémunérés pendant des années, faire un boulot physiquement massacrant sans horaires où on vous parle comme à un chien…

Si vous ne voulez aucun filet social ni type de contrat et pouvoir rester sans emploi ni chômage du jour au lendemain (assistant photo, un véritable cauchemar…)

Si vous avez envie de faire des fausses fiches de paye pour avoir un logement…

Si vous voulez dépenser tout votre argent dans du matos, et continuer à devoir vous former périodiquement…. alors n’hésitez pas à vous lancer !

Mais si vous ‘aimez prendre des photos’, continuez à en faire en amateur.

😉

Mara Zampariolo photographe de mode talentueuse

En lisant la conclusion de cet article, vous pourriez penser que je vais à l’encontre de l’esprit habituel de Elles l’ont fait qui est d’oser se lancer.

Je vous rassurer, bien au contraire.

Mara met en avant deux leçons essentielles avant de se lancer dans n’importe quel projet : 

D’une part, il est impératif d’analyser le marché sur lequel on veut se lancer. D’autre part, il faut absolument étudier la viabilité de son projet.

Se lancer, oui, mais pas n’importe comment ;p

Pensez à la suivre sur Instagram^^

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