Témoignages inspirants

La dermographe Mary enchante des vies

Vous vous rappelez de Natacha? En plus d’être une belle personne motivée et créative, elle attire également d’autres personnes incroyables. Grâce à elle, j’ai eu le plaisir de rencontrer Mary qui est dermographe. Grâce à cette activité, elle enjolive des corps et des vies. Je vous laisse découvrir

Bonjour Mary, Peux-tu te présenter et présenter ton concept en quelques mots?

Je m’appelle Mary, j’ai bientôt 50 ans (pas encore ^^)

Je suis dermographe et je me suis spécialisée dans le regard et dans la reconstruction d’areoles de seins de personnes qui ont eu une ablation mammaire.

Peux-tu en dire plus sur ce métier de dermographe qui est méconnu ?

Le maquillage permanent est très en vogue dans l’esthétique (sourcil, liner, bouche). Mais au fur et à mesure des rencontres, j’ai croisé des personnes qui avaient besoin de faire des reconstructions. J’ai fait le choix de proposer ces reconstructions non en semi-permanent comme c’est l’usage mais en permanent, pour que cela dure tout la vie.

Je trouvais dur de dire à des femmes que tous les 3 ans, elles doivent se replonger dans la maladie.

Quand je reconstruis une aréole, je ne suis pas obligée de faire une aréole. Certaines femmes restent sans le sein et souhaitent simplement camoufler les cicatrices via des tatouages esthétiques.

Cela va porter le regard sur le dessin et non sur le sein. Et ça les répare mentalement car sinon elles font une fixation sur la cicatrice.

Par exemple je viens de tatouer une femme qui a fait une ablation suite à un cancer très violent.

Quand je lui ai dessiné une aréole pour montrer « voilà ça va donner ça », elle était déçue. Donc je lui ai proposé un dessin artistique et elle répond « je n’aime pas ça ». J’ai fait tout de même des dessins pour lui montrer. Elle va donc se laisser un mois pour y réfléchir mais au final, le dessin artistique l’a plus touchée.

Lorsque les femmes font ces reconstructions, c’est toujours pour oublier le fait qu’elles ont vécu des choses difficiles. Pour que, quand elles se regardent dans le miroir tous les jours, elles ne voient plus les stigmates de la cicatrice.

Dermographie réparatrice

Comment se déroule un rendez-vous?

Quand je dessine, je prends une espèce de coton tige et je leur pose du pigment sur le sein. Elles repartent alors avec une aréole peinte sur le sein et je leur dis de prendre le temps de tester leur ressenti sur ce dessin le jour qui suit.

Le moment venu,  je respecte ce que je leur ai montré et je fais le tatouage de ce que je leur ai présenté en dessin.

 

Es-tu spécialisée sur les seins ou fais-tu d’autres « interventions » ?

Je fais toutes sortes de choses.

Par exemple, quand une personne fait des chimios, on lui met sous la peau un petit appareil pour faire passer la chimio nommé « chambre ».

Une fois guérie, les médecins enlèvent cette chambre et cela laisse une cicatrice de 2-3cm.

C’est tout petit, mais pour la plupart des personnes cela les obsède. On cache pour faire oublier.

Cela permet ensuite d’avancer et d’aborder l’avenir.

Je peux aussi tatouer les sourcils. Je les tatoue en amont de la chimio quand c’est possible. Ainsi, quand elles perdent leurs sourcils du fait de la chimio, elles conservent leur regard.

La perruque ça cache bien mais au final, c’est quand on voit la perte des sourcils qu’on se rend compte que ces femmes sont malades.

Dermographie répartrice

Comment le lien est fait entre les patientes et toi ?

J’ai été contactée par un grand hôpital de Tours qui m’a demandé si j’acceptais d’être référente.

Donc s’il y a des patientes, l’hôpital peut leur proposer de faire cela dans le cadre médical en semi-permanent ou bien de passer par moi pour un côté plus artistique et surtout définitif. Et comme c’est un docteur qui nous met en relation, elles sont plus confiantes et savent que j’essaie de refléter ce qu’elles aimeraient voir.

Cette étape, c’est le point final : les femmes ne sont plus malades, n’ont plus de traitement et je finalise le travail pour le côté esthétique. C’est juste impératif pour le regard qu’elles portent sur elles-mêmes.

Si cela peut les apaiser, c’est chouette.

Je suis privilégiée, je suis en bonne santé, je me dis que j’ai beaucoup de chance.

Avec mon petit stylo de tatouage j’essaie de leur apporter un peu de joie. Ces femmes sont heureuses d’avoir un sein qui ressemble à un sein.

As-tu déjà rencontré des difficultés et si oui, comment surmontées ?

Non, jamais.

Je rencontre les femmes via un premier rendez-vous pour qu’elles sachent à qui elles ont affaire, qu’elles découvrent le cadre.

Ensuite, je leur consacre une heure à parler de manière informelle. Je les fais beaucoup rire, je prends les choses à la légère. Je reste simple. C’est important.

Au moment de prendre rendez-vous, je leur dis : « prenez le temps d’y réfléchir ». Et elles me disent systématiquement « ma décision est prise, prenons rendez-vous ».

C’est une reconversion. Que faisais-tu avant et qu’est-ce qui t’a poussé à changer de métier ?

Olala j’étais assistante dentaire il y a longtemps.

Puis j’ai fait un job alimentaire en usine.

Et j’ai dit stop. J’éprouvais de l’ennui à juste appuyer sur un bouton.

J’ai commencé des études d’esthétique mais cela m’a ennuyé. Je me suis alors orientée en dermographie et j’adore ce que je fais.

J’ai beaucoup de chance de faire un métier atypique.

J’en retire une satisfaction personnelle, c’est très enrichissant. Cela permet de beaucoup relativiser.

Je suis très heureuse de faire ce métier.

On me dit parfois « vous auriez dû faire psy » mais je n’aurais pas pu, je suis trop dans l’empathie. Par contre, j’essaie de remonter le moral de mes clientes. J’apporte de la légèreté.

Je vais donc continuer, j’arrêterai quand je serai trèèèès vieille.

Quels sont tes prochains projets ?

De partir en Martinique pour faire découvrir la dermographie réparatrice là-bas.

Car certaines pensonnes ne savent pas encore qu’on peut tatouer des aréoles sur peau noire.

Le message de la fin ?

Je dirai « venez me rencontrer » ! Il y a toujours une solution.

Il faut communiquer, partager.

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